Emmanuel LAYAN - Commissaire-priseur diplômé

13 novembre 2014

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guidepratiqueComment différencier faience et porcelaine? comment reconnaitre une peinture ancienne? Comment distinguer un décor manuel et un décor mécanique? 

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17 janvier 2014

Tout estimer et tout savoir sur vos objets avec www.toutestimer.com !

Je suis Emmanuel LAYAN, commissaire-priseur, diplômé de l'Ecole du Louvre et spécialiste dans l'émission hebdomadaire UN TRÉSOR DANS VOTRE MAISON  diffusée sur M6.

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16 mai 2013

Le Miroir Bambou, icône inaperçue.

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Pourquoi parler du miroir Bambou ?

 

Pour tout dire il ne vaut pas grand chose, on en trouve partout, et puis, il faut l’admettre : il ne s’agit pas d’un objet d’une extraordinaire beauté. Tout ceci est exact, et pourtant ce miroir bambou nous parle de beaucoup d’éléments. Et en premier lieu, de son caractère principal : le bambou.

Nous sommes tous habitués à le voir, on en oublierait presque son étrangeté.

En effet, le miroir bambou n’est pas en bambou. Et non.

Voilà l’idée la plus étrange qui soit puisque le bambou existe bel et bien et qu’il est même utilisé à de nombreuses occasions pour la création de mobilier, aussi bien en orient, bien entendu, qu’en occident. (Je vous invite à titre d’exemple à observer le mobilier de terrasse des cafés parisiens.)

Revenons à notre miroir bambou. Lui n’est pas en bambou. Il imite le bambou mais il s’agit d’un bois sculpté, en général du hêtre, à la manière du bambou. Le bambou n’est donc pas un matériau de construction mais un motif décoratif.

Mais alors comment en est-on arrivé là ?

Pourquoi ce trompe-l'oeil?

Il faut pouvoir lire les motifs décoratifs qui ornent grand nombre des objets qui nous entourent pour pouvoir les estimer.

En effet, le langage décoratif, le vocabulaire ornemental seront autant indices qui permettront de dater, d’authentifier puis d’estimer un objet. Il est certains motifs propres à certaines périodes. D’autres, au contraire, se retrouvent à différentes périodes, à plusieurs siècles d’écart. Ces motifs sont sûrement les plus intéressants puisqu’ils reflètent une identité multiple, et une signification à plusieurs facettes. Mais c’est aussi le regard de l’observateur qui a pu changer.

Mieux connaître ces motifs décoratifs transversaux permet alors d’éviter toute erreur de datation.

Il ne faut donc pas envisager le motif seul, mais s’interroger d’abord sur sa signification dans son contexte objectif. (Il faut envisager ici les seuls arts décoratifs Européens et l’interprétation par ces derniers de motifs décoratifs étrangers.)

Arrêtons-nous donc sur le motif du bambou.

Ce motif hérité d’Asie infuse les arts décoratifs européens pour leur appartenir complètement au terme d’une évolution qui connaît plusieurs séquences.

Pour résumer, sorti par la fenêtre, le bambou revient par la porte.

Son apparition est intimement liée aux premières chinoiseries. Mais aussi à l’art de la porcelaine. Nous sommes là au début du XVIIIème siècle. La mode est à l’exotisme, au gout chinois.

A ce premier stade, le motif est recréé pour son identité exotique. Le bambou, plante indigène à de nombreux pays d’Asie en devient le symbole.

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Chope en porcelaine de Chantilly, décor polychrome dans le style kakiemon de bambous et branchages fleuris.

 

La porcelaine est par excellence le premier vecteur de motifs décoratifs asiatiques. Cette dernière, transitant par les routes commerciales de la soie arrive en Europe dès le Moyen Age. Cependant ce n’est seulement qu’au XVIIIème siècle que l’Europe réussit le tour de force technique de la création de porcelaine, tendre, pour commencer.

 A Chantilly, on réinterprète et on copie les productions Japonaises Kakiémon. Parmi les motifs récurrents on retrouve, bien entendu, le bambou.

Le motif décoratif est ici employé dans sa signification première, l’artisan cherche à reproduire un objet bien précis dont le motif du bambou est un des éléments du langage.

Sa signification n’a pas changé, elle a été délocalisée, reproduite, presque contrefaite mais il garde son sens premier : un motif décoratif asiatique.

 Le gout pour l’exotisme du XVIIIème siècle traverse tous les arts : peinture, sculpture, architecture, décoration intérieure et arts décoratifs. Le motif du bambou se retrouve alors dans tous ces domaines mais à chaque fois il sera utilisé comme un motif signifiant « exotisme » et faisant partie d’une composition plus large.

 

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François Boucher. L’Air. Sanguine. Musée du Louvre, Paris.

On le retrouve, par exemple, dans cette composition de François Boucher, au milieu du XVIIIème : «l’Air ». Nous remarquons que la biologie de la plante reste imparfaitement connue. Parfois trop feuillu ou pas assez, le bambou est intégré encore une fois à une composition plus vaste. Il sert ici encore de marqueur géographique.

 

Notre miroir « bambou », lui, ne se veut pas asiatique. Il ne relève pas du goût de la chinoiserie. Il ne date bien évidemment pas du début du XVIIIème. Le motif a donc dans notre cas une autre signification.

Poursuivons donc l’évolution du bambou en tant que motif.

Le déclin du style Rocaille et l’avènement du style Louis XVI, féru d’antiquité et de classicisme, semblent marquer la fin de notre motif tant associé à l’Asie.

Mais il y survivra pour deux raisons.

La première est qu’il reste toujours présent dans les panneaux de laque vendus par les marchands-merciers aux ébénistes parisiens. Il est donc toujours associé aux productions mobilières d'un style nouveau. Ci-dessous, nous le retrouvons sur le panneau de gauche d’une commode exécutée à Paris vers 1790 par Adam Weiweiler. Lors de la découpe du panneau, l’ébéniste a choisi de mettre l’accent sur cet élément, le transformant ainsi en un motif propre à ses créations.

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Adam Weisweiler Commode à trois vantaux, laque, bronze doré, bois de placage, marbre. Paris vers 1790, Metropolitan Museum of Art, New-York

La deuxième raison, c’est au même ébéniste parisien que nous la devons.

En effet, on lui attribue nombre de meubles pour lesquels il a fait usage du motif du bambou dans une nouvelle signification. Prenons en exemple cette table guéridon au piétement de bronze doré. Elle date de l’extrême fin du XVIIIème.

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Attribué à Adam Weisweiler. Table guéridon, bronze doré, acajou. Extrême fin du XVIIIème.

Le piètement reprend ici le motif du bambou avec l’intention de créer une illusion. 

L’illusion du bambou en tant que végétal retranscrit en bronze doré.

La finesse des tiges de la plante, la régularité de leurs anneaux de croissance successifs mais aussi leur emploi jumelé en font de minces colonnes classiques. Le motif du bambou est alors réinterprété au regard des nouveaux canons classiques. Il devient un motif européen à part entière et non plus seulement un marqueur géographique.

Le motif possède dès lors une double identité culturelle: occident/orient.

Nous nous rapprochons alors pour la première fois de notre motif rencontré précédemment dans notre miroir si banal. Cette création de Weisweiler semble annoncer de nombreuses créations propres au siècle suivant dont le miroir bambou est l’héritier en ligne directe.

Cependant, ce premier motif, encore teinté de néoclassicisme par sa finesse et sa rigueur reste une interprétation du bambou. Il y a certes une première idée d’illusion, mais celle-ci prend le dessus au cours du XIXème siècle.

 

Le premier tiers du siècle ne connaît que peu d’emploi du motif. Mais ce dernier ayant résisté au courant du style Louis XVI connaît un retour en grâce.

 

En effet, la seconde moitié du XIXème se passionne à nouveau pour les arts d’Asie, avec un regard tourné cette fois vers le Japon dont les frontières commerciales viennent de tomber.

On voit donc se multiplier quantité d’objets s’inspirant de motifs asiatiques en les remaniant pour créer un style nouveau et à part entière : le japonisme.

Ce japonisme est un des courants du style Napoléon III qui apprécie tant les mélanges éclectiques.

Observons à présent ce tabouret. Son piètement curule mêle les influences. De référence antique, il est en bois doré et présente un motif de bambou sculpté identique à notre miroir.

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Tabouret curule en bois sculpté et doré à la façon du bambou. Napoléon III.

Il associe, un gout prononcé pour le style Louis XVI dans sa dimension classique, voire antiquisante et une influence des arts d’Asie.

 

Retour vers notre miroir qui est une déclinaison légèrement plus moderne de ce motif. Celui-ci est un objet populaire, peu cher et produit en grande quantité. La structure en hêtre sculpté découle directement du tabouret précédent. Cependant, une plus grande rigueur dans son traitement le rapproche d’une esthétique plus moderne.

Cet autoportrait du peintre Nabis Vuillard est daté des années 1890. Il nous montre notre miroir en situation dans son contexte contemporain.

Edouard Vuillard (1868 - 1940), Autoportrait au miroir de bambou (1890)

Edouard Vuillard, Autoportrait au miroir bambou. 1890. (Lot 12 vente Christie’s 1 novembre 2011 Rockefeller Plaza.)

Le coin supérieur droit de cet exemplaire est déjà brisé et la pièce mansardée semble modeste.

Le miroir bambou connaît un succès qui pousse sa production jusque dans les années 40. Son esthétique résolument moderne lui a assuré cette longévité exceptionnelle. Elle est le fruit d’une longue maturation, d’une assimilation d’un élément décoratif exogène à l’esthétique occidentale.

Une réussite.

 

23 novembre 2011

Du Chien dans l'Art!

 

Du Chien dans l'Art 

Estimer un objet c'est avant tout le comprendre. Une bonne estimation repose toujours sur une bonne
analyse de l'objet que l'on a entre les mains. Qu'il s'agisse de peinture, de sculpture, de dessin, d'un objet d'art, d'une porcelaine
ou d'une poterie, la question sera la même.


Une bonne compréhension passe par une bonne lecture des informations que nous communique un objet. Il
existe quelques clefs fondamentales qu'il faut connaître. Parmi celles-ci, une bonne analyse du décor ou du sujet  nous aide à une
datation précise.

Pour commencer, imaginons que notre peinture, notre sculpture ou même que l'objet que nous avons entre
les mains représente un animal. La manière avec laquelle l'artiste l'a représenté va nous aider pour dater et ainsi estimer et
expertiser notre tableau ou notre sculpture.

Au fil du temps, les regards qu'ont porté la société et les artistes sur les animaux qui les
entouraient ont connu de nombreux changements.


Vecteur de croyances religieuses ou superstitieuses pendant des siècles, l'animal fait l'objet d'une
connaissance nouvelle durant le XVIIIème. Au cours du  XIXème siècle il émerge comme sujet à part entière et pour lui même.
Tendance qui s'affirme par la suite, alors qu'il réapparait en force et dans toute sa chair dans l'art contemporain.

Nous allons  observer ensemble le regard de l'homme sur l'animal. Ce regard correspond à son époque.
Décrypter le regard c'est retrouver son époque.

 

Commençons par un animal familier: le chien.

 

Il est certainement l'un des premiers animaux à avoir été apprivoisé par l'homme. Pour autant son
proche cousin, le loup, reste dans la mémoire collective un animal terrifiant. L'image de l'animal se dédouble. Protecteur il peut être
aussi un grand danger.

Sa fidélité à son maître reste son trait le plus marquant. C'est ce caractère qui marque ses premières
représentations. En effet, aussi bien pour les Egyptiens que pour les Grecs, l'animal accompagne les vivants vers la mort. Il est
Anubis, dieu Egyptien à tête de chien présidant aux rituels funéraires ou Cerbère chien à trois tête gardien du royaume des
morts.

anubis

 

Pendant le Moyen-Age, au contraire, il apparaît comme une manifetstation maléfique.

 

C'est au cours du XVIIIème siècle que le regard sur le monde du vivant change. Avec l'avènement d'une
approche scientifique de la nature et les travaux du Buffon le regard de l'artiste sur la nature se trouve également changé. L'animal
peut devenir digne d'intérêt. 

Le chien associé à l'activité de la chasse devient également un animal d'agrément, de compagnie. C'est
pendant le XVIIIème siècle que se développe à la cour des rois de France, comme à la ville, la mode de l'animal domestique.La noblesse
francaise suit l'exemple de Louis XV et demande aux peintres des protraits de leur animal favori.

C'est à cette période que l'animal devient, pour lui même, sujet de la peinture. Il n'est plus un symbole mais une entité digne d'être représentée pour ce qu'elle est.

Accessoire de la chasse à courre, il est également associé à la représentation de l'activité cynégétique (qui concerne l'art de la chasse) qui se développe particulièrement durant le XVIIIsiècle.

Le peintre Français Jean-Baptiste Oudry est le plus représentatif de cette nouvelle émergence. Une de ses toiles "Chienne allaitant ses petits", conservée au musée d'Art et d'Histoire de Narbonne, nous dépeint l'animal surpris par notre présence, le regard inquiet, protégeant sa
progéniture de ses patte antèrieure.

Oudry

 

A la fin du siècle la mode des monuments funéraires pour chien de compagnie connaît un franc succès. L'intérêt que portent les maîtres pour leurs animaux domestiques n'est pas né d'aujourd'hui! 

Devenu sujet à part entière mais toujours victime d'anthropomorphisme, l'animal devient véritablementson propre sujet avec les sculpteurs romantiques du XIXème siècle.

Antoine-Louis Barye en est le chef de file.

Son "Braque à l'arrêt" est un petit bronze qui nous retransmet toute la tension contenue de l'animal en pleine chasse. Son anatomie est parfaitement respectée. L'artiste veut trouver les limites de sa technique en essayant de retransmettre dans le bronze la tension des muscles de l'animal.
Jusqu'à présent cette recherche n'avait jamais été poussée aussi loin.

barye

 

La représentation du réel n'est pas une problématique essentielle de lart du XX ème siècle.

Cependant l'animal revient régulièrement sur le devant de la scène. Ainsi, quelque peu ridiculisé, il est un prétexte  aux recherches
futuristes de l'italien Giacomo Balla dans son "Dynamisme d'un chien en laisse" daté 1912.

balla

 

Pour Joseph Beuys, soixante ans plus tard, il reste un animal sauvage.

Dans son oeuvre "Ilike America and America likes me", véritable évènement méticuleusement orchestré, l'atriste s'enferme pendant plusieurs jours avec un coyote sauvage dans une galerie de New-York.

L'homme y rencontre l'animal. Le coyote y est une figure emblèmatique de l'Amérique sauvage. Le face-à-face est troublant.

La charge symbolique de l'animal revient en force.


beuys

 

Plus proche de nous, les créations de Jeff Koons, se jouent de nos figurations mentales.

Il détourne les matières et les représentations, les pousse jusqu'au ridicule et produit des images hautement déconcertantes. Sa sculpture en aluminium laqué "Balloons Dog" est immense.

 La matière imite à merveille le brillant des ballons de foire tordus pour figurer un chien. Cette image ludique, ce souvenir d'enfance, devient par son gigantisme un totem ridicule ou une vision de cauchemard. Des sensations paradoxales s'accumulent alors dans notre esprit.

ballon-dog

 

Dorénavant, lorsque l'on veut expertiser un tableau ou une sculpture représentant cet animal, il faut se poser les questions suivantes:

L'animal est'il représenté comme un simple animal domestique ou un animal sauvage?

Son anatomie est-elle respectée?

La représentation est-elle anthropomorphique?

Est-il vraiment le sujet du tableau?

  

Toutes ces questions vont nous aider à estimer l'oeuvre qui le contient en retrouvant son époque mais
aussi son lieu de création.

 

 

 

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