Du Chien dans l'Art 

Estimer un objet c'est avant tout le comprendre. Une bonne estimation repose toujours sur une bonne
analyse de l'objet que l'on a entre les mains. Qu'il s'agisse de peinture, de sculpture, de dessin, d'un objet d'art, d'une porcelaine
ou d'une poterie, la question sera la même.


Une bonne compréhension passe par une bonne lecture des informations que nous communique un objet. Il
existe quelques clefs fondamentales qu'il faut connaître. Parmi celles-ci, une bonne analyse du décor ou du sujet  nous aide à une
datation précise.

Pour commencer, imaginons que notre peinture, notre sculpture ou même que l'objet que nous avons entre
les mains représente un animal. La manière avec laquelle l'artiste l'a représenté va nous aider pour dater et ainsi estimer et
expertiser notre tableau ou notre sculpture.

Au fil du temps, les regards qu'ont porté la société et les artistes sur les animaux qui les
entouraient ont connu de nombreux changements.


Vecteur de croyances religieuses ou superstitieuses pendant des siècles, l'animal fait l'objet d'une
connaissance nouvelle durant le XVIIIème. Au cours du  XIXème siècle il émerge comme sujet à part entière et pour lui même.
Tendance qui s'affirme par la suite, alors qu'il réapparait en force et dans toute sa chair dans l'art contemporain.

Nous allons  observer ensemble le regard de l'homme sur l'animal. Ce regard correspond à son époque.
Décrypter le regard c'est retrouver son époque.

 

Commençons par un animal familier: le chien.

 

Il est certainement l'un des premiers animaux à avoir été apprivoisé par l'homme. Pour autant son
proche cousin, le loup, reste dans la mémoire collective un animal terrifiant. L'image de l'animal se dédouble. Protecteur il peut être
aussi un grand danger.

Sa fidélité à son maître reste son trait le plus marquant. C'est ce caractère qui marque ses premières
représentations. En effet, aussi bien pour les Egyptiens que pour les Grecs, l'animal accompagne les vivants vers la mort. Il est
Anubis, dieu Egyptien à tête de chien présidant aux rituels funéraires ou Cerbère chien à trois tête gardien du royaume des
morts.

anubis

 

Pendant le Moyen-Age, au contraire, il apparaît comme une manifetstation maléfique.

 

C'est au cours du XVIIIème siècle que le regard sur le monde du vivant change. Avec l'avènement d'une
approche scientifique de la nature et les travaux du Buffon le regard de l'artiste sur la nature se trouve également changé. L'animal
peut devenir digne d'intérêt. 

Le chien associé à l'activité de la chasse devient également un animal d'agrément, de compagnie. C'est
pendant le XVIIIème siècle que se développe à la cour des rois de France, comme à la ville, la mode de l'animal domestique.La noblesse
francaise suit l'exemple de Louis XV et demande aux peintres des protraits de leur animal favori.

C'est à cette période que l'animal devient, pour lui même, sujet de la peinture. Il n'est plus un symbole mais une entité digne d'être représentée pour ce qu'elle est.

Accessoire de la chasse à courre, il est également associé à la représentation de l'activité cynégétique (qui concerne l'art de la chasse) qui se développe particulièrement durant le XVIIIsiècle.

Le peintre Français Jean-Baptiste Oudry est le plus représentatif de cette nouvelle émergence. Une de ses toiles "Chienne allaitant ses petits", conservée au musée d'Art et d'Histoire de Narbonne, nous dépeint l'animal surpris par notre présence, le regard inquiet, protégeant sa
progéniture de ses patte antèrieure.

Oudry

 

A la fin du siècle la mode des monuments funéraires pour chien de compagnie connaît un franc succès. L'intérêt que portent les maîtres pour leurs animaux domestiques n'est pas né d'aujourd'hui! 

Devenu sujet à part entière mais toujours victime d'anthropomorphisme, l'animal devient véritablementson propre sujet avec les sculpteurs romantiques du XIXème siècle.

Antoine-Louis Barye en est le chef de file.

Son "Braque à l'arrêt" est un petit bronze qui nous retransmet toute la tension contenue de l'animal en pleine chasse. Son anatomie est parfaitement respectée. L'artiste veut trouver les limites de sa technique en essayant de retransmettre dans le bronze la tension des muscles de l'animal.
Jusqu'à présent cette recherche n'avait jamais été poussée aussi loin.

barye

 

La représentation du réel n'est pas une problématique essentielle de lart du XX ème siècle.

Cependant l'animal revient régulièrement sur le devant de la scène. Ainsi, quelque peu ridiculisé, il est un prétexte  aux recherches
futuristes de l'italien Giacomo Balla dans son "Dynamisme d'un chien en laisse" daté 1912.

balla

 

Pour Joseph Beuys, soixante ans plus tard, il reste un animal sauvage.

Dans son oeuvre "Ilike America and America likes me", véritable évènement méticuleusement orchestré, l'atriste s'enferme pendant plusieurs jours avec un coyote sauvage dans une galerie de New-York.

L'homme y rencontre l'animal. Le coyote y est une figure emblèmatique de l'Amérique sauvage. Le face-à-face est troublant.

La charge symbolique de l'animal revient en force.


beuys

 

Plus proche de nous, les créations de Jeff Koons, se jouent de nos figurations mentales.

Il détourne les matières et les représentations, les pousse jusqu'au ridicule et produit des images hautement déconcertantes. Sa sculpture en aluminium laqué "Balloons Dog" est immense.

 La matière imite à merveille le brillant des ballons de foire tordus pour figurer un chien. Cette image ludique, ce souvenir d'enfance, devient par son gigantisme un totem ridicule ou une vision de cauchemard. Des sensations paradoxales s'accumulent alors dans notre esprit.

ballon-dog

 

Dorénavant, lorsque l'on veut expertiser un tableau ou une sculpture représentant cet animal, il faut se poser les questions suivantes:

L'animal est'il représenté comme un simple animal domestique ou un animal sauvage?

Son anatomie est-elle respectée?

La représentation est-elle anthropomorphique?

Est-il vraiment le sujet du tableau?

  

Toutes ces questions vont nous aider à estimer l'oeuvre qui le contient en retrouvant son époque mais
aussi son lieu de création.